Fuck America !

INTRODUCTION

Si ce titre, volontairement provocateur, a de quoi heurter les âmes sensibles ou les américanophiles convaincus, la suite de cette chronique nuancera bien évidemment ce propos, votre serviteur ne pouvait décemment passer à côté de cette référence à l’excellent bouquin d’Edgar Hilsenrath dont je vous parlerai un jour prochain.

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Non francksbooks ne va pas se transformer en blog de voyage mais de retour sur ma chère terre Calédonienne j’avais envie de vous faire partager quelques impressions sur mon dernier road-trip. Tout d’abord je me dois de préciser qu’il ne s’agit pas de mon premier voyage sur la côte ouest des états-unis. Je m’y rends assez régulièrement depuis une vingtaine d’années et si rien ne remplacera l’émotion que je ressentis lors de ma première traversée de l’atlantique, je dois néanmoins avouer un petit pincement au coeur à chaque fois que j’ai la chance de fouler le sol de cette terre où tant de mes héros aussi bien littéraires que cinématographiques ont vu le jour.

MONTEREY / SAN FRANCISCO

Pour des raisons pratiques je décidais cette fois de démarrer ma route par la ville préférée des français : San Francisco.

Tout d’abord et sans prétention aucune je me dois de préciser qu’un vernis de culture est, à mon humble avis, indispensable pour profiter vraiment du charme californien. En effet comment ne pas être ému en parcourant Cannery Row à l’évocation du souvenir de l’immense John Steinbeck ? Comment ne pas penser à Lynch en parcourant les lacets de Mulholland drive ? Ceci étant dit, chacun y trouvera son compte mais les références incessantes à des monuments littéraires ou cinématographiques sont pour moi, un ingrédient supplémentaire pour pleinement profiter de ce voyage.

San-francisco s’est transformée depuis une quinzaine d’années. La ville qui possède un charme incomparable résiste encore à la ‘disneylandisation’ qui s’est emparée de certains quartiers de grandes villes américaines mais le front de mer et les quais ont eux succombé à l’assaut des centaines de milliers de touristes qui martèlent chaque jour l’asphalte de Fisherman’s Wharf. Si l’architecture des lieux à été préservée ( brique rouge, bateaux de pêche et dégustation des fameux clam chowder ) force est de constater que les lieux ont perdu de leur superbe. Et pourtant au coucher du soleil, lorsque la foule s’est éloignée, lorsque la pénombre s’empare des bâtiments sur l’île d’Alcatraz, comment ne pas ressentir un frisson à l’évocation de noms tels que ceux d’Henry Young ou Al Capone qui ont fait de ce rocher un mythe incomparable. Sur la gauche les pylônes rouges du Golden Gate et plus loin Sausalito puis la Napa Valley ou le père Coppola coule des jours tranquilles loin du Vietnam ou de la Sicile qui ont fait sa renommée. Et puis cet océan capricieux, profond, le souvenir de Jack London est partout et à ce moment là je me promis de relire toute l’oeuvre de l’auteur aventurier de génie.

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Comment évoquer San Francisco sans parler de la beat génération mais aussi du love summer ? J’ai eu la chance de me rendre à la librairie City Lights sur Colombus avenue où Ginsberg avait pour habitude de lire ses poèmes, le lieu a conservé une authenticité et un charme à nul autre pareil et l’on serait à peine étonné de voir débarquer Kerouac et Neal Cassady bras dessus bras dessous avec leurs gouailles et leurs gueules d’anges. Quel plaisir ! J’avoue ne pas être très fan des écrits de Kerouac mais le mythe est tenace et une promenade dans North Beach m’a paru un passage obligé.

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Plus tard et toujours à pied, je traversais Chinatown en pensant à Michael Cimino, réalisateur mythique et injustement oublié, auteur du génial Voyage au bout de l’enfer mais aussi de l’année du dragon qu’il tourna au coeur de ce quartier à une époque où l’on pensait que Mickey Rourke était de la trempe de Brando. Mauvaise pioche, pourtant grâce lui soit rendue pour son interprétation de Charles Bukowski dans l’excellent Barfly. Le temps est assassin pour certains acteurs…

Plus loin Haight Ashbury, là ou naquit le mouvement hippie quelques années après la Beat Génération. Un quartier de déglingos, des friperies, des devantures hautes en couleur, un passage obligé encore une fois pour tenter de saisir l’âme de cette ville atypique. En revenant vers les baies, la traversée de Castro, quartier homosexuel qui participe également au mythe de cette ville. Des bars, une boîte de drag-queen, l’ambiance y était chaleureuse et conviviale avec des orchestres de rue et des terrasses bondées. Un endroit unique même pour un hétéro convaincu tel que moi, je vous le recommande particulièrement et puis comment ne pas songer à la superbe saga des chroniques de San Francisco d’Amistead Maupin dont certains protagonistes logent précisément dans ce quartier !

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Et puis une lecture, celle de ce grand fada de Guillaume Cherel, qui m’avait fait l’honneur de m’envoyer son bouquin quelques semaines avant mon départ. Je le gardais au chaud pour avoir le plaisir de le lire sur place. Sur la route again chez Transboréal où le pari fou et immodeste de poser ses pas dans ceux de Kerouac, de refaire la route mythique plusieurs années après l’illustre écrivain. Pari fou, jusqu’au-boutiste, inabouti, mais un vrai plaisir de lecture dont je vous parlerai dans quelques temps.

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Et puis la route n°1 reliant Frisco à Los angeles par la côte, une route sauvage, magnifique traversant Monterey, Carmel, Santa barbara et San Simeon. Monterey la ville de Steinbeck, la rue de la sardine incroyablement préservée, une ambiance bon enfant et confortable loin des affres que connu l’auteur sur ces pavés. Steinbeck encore un auteur exceptionnel, décidément ce lieu est un véritable miracle pour les fans de bouquins dont je fais partie. Dans l’hôtel où je logeais, des portraits du maître dans chaque chambre, un miracle vous dis-je…

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Sur la route encore. Carmel la ville charmante dont Clint Eastwood fut le maire, Santa-barbara culte pour les fans de soap puis la visite de Heart Castle, palais monumental dont s’est inspiré Orson Welles pour son fameux Citizen Kane. Xanadu pour les connaisseurs, lieu de débauche où des acteurs tels que Chaplin ou Gary Grant venaient s’encanailler le temps d’un week-end. Mythique vous dis-je.

LOS ANGELES

La ville des anges. Une ville souvent détestée par les européens en manque de centre, de repère semblable à la vieille europe et pourtant ma ville de prédilection. Un lieu froid, sans âme, laid à de nombreux égards et pourtant une ville tentaculaire aux quartiers mythiques dont le nom me fit rêver toute mon adolescence : Hollywood, Bunker Hill, Santa monica, Venice beach, Long beach, Watts, Beverly hills, Bel air, Burbank, etc, etc…

Des auteurs vénérés : John Fante, James Ellroy, Charles Bukowski, Edward Bunker sans parler du cinéma dont il est inutile de préciser que nous sommes ici au coeur même de l’industrie, bref cette ville représente une part prépondérante de l’american way of life et si empire il y a, il l’est aussi par une influence culturelle à nul autre pareil.

Plutôt que vous faire de longues phrases et parce que cette chronique risque d’être d’une longueur indécente, je me contenterai de vous faire une liste à la manière de Perec ,  avec infiniment moins de talent :

  • Je me souviens des studios universal, d’un parcours au milieu des décors de cinéma, du mythe éraflé lorsque je me rendis compte que la mer qu’écarta Charlton Heston ne devait pas contenir plus de 3m3 d’eau.
  • Je me souviens d’une jolie petite française au comptoir d’un bar de nuit, de son regard éreinté, de sa détresse. Elle voulait être actrice et faisait strip-teaseuse pour survivre. Je me suis alors souvenu que cette ville était anthropophage.
  • Je me souviens avoir acheté une carte à un marchand ambulant au bord de la route : la carte des villas de star de Beverly hills. Cela m’a pris une après-midi complète mais ce fut un régal ! Je me souviens que je suis parfois un gros blaireau.
  • Je me souviens de la galère pour localiser le petit cimetière de Beverly Hills. Heureux ,je finis par le trouver et n’étais pas peu fier de fleurir la tombe de Joe Dassin.
  • Je me souviens d’une odyssée à travers Inglewood et le Watts. Portes verrouillées, la vision d’un monde près duquel Walking Dead n’est qu’une série pour enfant. L’envers du rêve américain en pleine face.
  • Je me souviens d’un passage à Bunker hill, d’avoir eu envie de m’y arrêter, juste pour me souvenir à quel point John Fante fut un géant.

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Je me souviens de Mullholand drive de nuit. Le souvenir de David Lynch mais aussi du dahlia noir d’ellroy du temps où ses romans n’étaient pas encore des caricatures de lui-même.

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  • Je me souviens du griffith Observatory, de la vue somptueuse sur la ville et de son terre-plein où James Dean joua du cran d’arrêt.
  • Je me souviens d’hollywood boulevard, de ses crevards déguisés en batman d’opérette, de la saleté de ses trottoirs, de la vue superbe sur les collines d’hollywood.
  • Je me souviens d’un repas au château marmont, de son service exquis, du souvenir d’Howard Hugues ou Clark Gable qui y résidèrent.

Je me souviens de la plage de Santa Monica, familiale et d’une largeur étonnante, de celle de Venice beach décrite à la perfection par James Frey dans ce roman inoubliable qu’était LA story.

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  • Je me souviens aussi du superbe musée d’art contemporain, du sentiment d’être au coeur du monde, du ballet incessant des hélicoptères qui survolent la ville.
  • Je me souviens d’avoir pensé à Michael Mann lorsque j’aperçus un chacal (?) au coeur de la ville, petit hommage à Collatéral en passant et puis de ces villas somptueuses sur la plage de Malibu, encore un hommage à Mann et De Niro dans heat.

Je me souviens d’un long moment dans l’un de ces bouges sans fenêtres où le vieux Bukowski aimait à se vriller la tête. Je me souvins alors que je n’étais pas Bukowski et m’éloignait en toute hâte de ce lieu infâme.

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Je me souviens que cette ville est à l’image même de l’Amérique : le pire et le meilleur se côtoient chaque jour, le riche et le pauvre, l’honnête et le magouilleur, le fier et le ténébreux, le bodybuildé et le boiteux, l’intello et l’actrice porno. Un concentré d’Amérique regroupé sur une faille qui finira un jour par engloutir ce concentré d’humanité.

 

YOSEMITE VALLEY / VALLEE DE LA MORT 

Plusieurs mots pour résumer cette route qui me fit passer d’un col enneigé au désert en quelques heures : superbe, impressionnant, varié, gigantesque, inoubliable. Tout est dit.

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LAS VEGAS

La ville du péché porte de mois en mois bien son nom avouons-le. La pègre à été remplacée par des empires financiers et Bugsy aurait bien du mal à reconnaître son oeuvre dans ce conglomérat de chic et de toc. Lors de mon premier voyage sur la côte ouest je détestais instinctivement cette ville, symbole de tout ce que j’exécrais en ce bas monde : la frime, le superficiel et le règne du paraitre. Et puis les années passant je me pris d’une affection particulière pour cet endroit unique, déjanté où chacun joue son rôle le temps d’une soirée ou d’un week-end. Je dois avouer que mon goût immodéré pour les tables de poker ne fut certainement pas étranger à cette affection soudaine !

Si le reporter gonzo Hunter S Thompson en fit une description haute en couleur dans las vegas parano ( que je n’ai pas du tout apprécié du reste ) n’oublions pas qu’en dehors du strip et de ses néons permanents, Vegas reste une ville très agréable, voir charmante où il fait bon vivre et où la vie est très abordable au contraire de San Francisco par exemple . Les lotissements se succèdent et si l’on excepte le nord de la ville beaucoup plus pauvre ( très bien décrit par Donna Tartt dans le génial Chardonneret ) cette ville possède beaucoup d’atouts aussi bien par son climat que par ses infrastructures…. Mais je m’égare et prends soudainement conscience que tout ceci n’a que très peu d’intérêt pour ceux de mes lecteurs courageux qui ont eu le courage de me suivre jusque là ! Abrégeons !

CONCLUSION

Pour conclure ce très (trop?) long billet, je tiens à préciser à mes aimables lecteurs que cette chronique sera sûrement unique en son genre; dorénavant j’en resterai à mes avis littéraires habituels et cette digression ne sera qu’exceptionnelle. L’alliance du voyage et des livres me paraissait intéressante dés lors qu’il s’agissait des états-unis où les références culturelles sont tellement nombreuses que je ne pouvais me gâcher ce plaisir. Et oui en définitive et malgré le titre de cette chronique je dois bien avouer que je l’aime cette Amérique !

 

28 commentaires

  1. Passionnant, cet article ! Dommage s’il reste unique ! J’ai beaucoup aimé cette balade dans l’ouest américain et je me fais la promesse de découvrir quelques-unes des œuvres dont tu nous parles (même si j’en connais certaines – Fante, Bukowski, London… Mulholland Drive évidemment – il me reste du chemin à faire) avant d’y poser le pied !

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  2. Plaisant voyage dont je partage les images, l’ayant moi-même fait. Dans ce pays, nous sommes toujours l’acteur de notre propre film et le rejeton littéraire ou supposé l’être de Steinbeck ou de Kerouac. J’ajouterai la route 66 , Bagdad Café et la musique de Canned Heat ou des Doors, inévitable écoute en traversant le désert du Mojave avant de rentrer dans Los Angeles… Merci pour cette promenade.

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  3. Passionnante chronique, merci pour la balade, grandiose quand même ! Il est vrai qu’il ne fallait pas rater d’associer ce voyage au cinéma et à la littérature. J’ai noté dans mon calepin quelques auteurs que je ne connais pas encore, et Armistead Maupin et ses célèbres chroniques, j’ai beaucoup aimé celles que j’ai lues et il m’en manque encore. Dommage que tu n’en prévois pas d’autre comme celle-là – de chronique – j’en veux d’autres moi ! En tous cas la Californie m’habite, je ne sais pas si j’aurai la chance d’y poser le pied de mon vivant, sinon dans une autre vie j’irai hanter quelques coins…. Encore merci, belle plume ! Bon WE

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  4. Bonjour ,Nous sommes amis sur Babelio et je viens de lire votre chronique américaine ,bravo j’ai vraiment apprécié ! Puisque vous aimez les Etats-Unis je vous recommande la lecture de cet auteur américain Damon Runyon qui a écrit de délicieuses nouvelles qui se passent à Broadway dans les années 50 ,c’est plein d’humour ,on se croirait dans un polar américain en noir et blanc

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  5. Merci Franck pour cette ballade littéraire. Dans la catégorie des livres typiquement « californiens », je t’encourage à lire le merveilleux et ultime roman de Philip K Dick, « La transmigration de Timothy Archer » (1982). Dans la catégorie « non SF », le seul Dick qui soit vraiment réussi avec « Confessions d’un barjo ».

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