Sérotonine

  • Titre : Sérotonine
  • Auteur : Michel Houellebecq
  • Année : 2019
  • Editeur : Flammarion
  • Résumé : Florent-Claude est ingénieur agronome. Dépressif, il ne peut vivre sans Captorix, un puissant antidépresseur. La sérotonine, hormone du bonheur contenue dans son traitement, annihile sa libido mais lui permet de garder un semblant de vie sociale. Inexorablement, Florent-Claude glisse vers l’abime.
  • Mon humble avis : La sérotonine est l’hormone du bonheur. Quiconque connait l’oeuvre et la personnalité de Michel Houellebecq reconnaîtra l’ironie et la causticité d’un tel titre pour un roman dont les sujets principaux sont le désespoir, les regrets et le mal de vivre. Houellebecq est évidemment un cas à part dans la littérature française, certains le détestent, le considèrent comme un poseur suffisant et manipulateur. D’autres, dont je fais partie, le voit comme un grand auteur, un visionnaire, un homme attachant libéré du politiquement correct. L’un de nos seuls grands écrivains dont les oeuvres passeront à la postérité. C’est vous dire à quel point j’attendais la sortie de ce bouquin avec impatience, c’est vous dire comme ma déception et ma frustration furent grandes. Mais je m’explique. Je garde un souvenir ému de la lecture des particules élémentaires et de l’extension du domaine de la lutte, deux romans atypiques, féroces et drôles. Je découvrais alors un auteur brillantissime, un des rares écrivains avec une vraie vision du monde, une vision certes désespérée, nihiliste à l’excès, mais une vision originale et subversive. Et puis vinrent les romans suivants, bien qu’encore une fois brillants, j’eus l’impression d’une redite, d’un souffle altéré et c’est, encore une fois le cas avec le dernier texte de Houellebecq. L’auteur, natif de La Réunion, creuse encore une fois la même veine et c’est avec plaisir que je retrouvais son double, le narrateur désespéré, l’homme au bord du précipice. Evidemment l’écriture est toujours aussi incisive, certaines saillies sont à mourir de rire mais d’autres paraissent gratuites et tombent à plat, comme un pastiche de lui-même. Evidemment il force le trait, son double flirte avec le racisme, la misogynie, l’homophobie et les scènes de sexe et même de zoophilie sont là pour choquer le bourgeois. Malheureusement ces scènes ne servent pas le propos comme c’était le cas dans ses premiers romans, et même si la chair a toujours été triste chez Houellebecq, ici elle est carrément glauque, dégueulasse. Mais ce qui est omniprésent dans ce roman c’est le romantisme forcené de l’auteur, ce romantisme cru qui fait du narrateur un homme désespéré, un homme pour qui l’amour est la quête absolue, un homme pour qui l’impossibilité d’aimer est un écueil insurmontable, une obsession morbide. Rarement un de ses romans n’a été traversé d’un tel désir d’aimer, d’une telle humanité contrariée. Alors ce n’est surement pas le meilleur Houellebecq, ce n’est surement pas le plus original mais sérotonine est un texte où, une fois de plus, l’auteur à le génie de saisir l’air du temps, de plonger sa plume dans les plaies de la société française et il est, à ma connaissance, le seul à le faire avec autant d’acuité. Pour cela et pour la description exceptionnelle d’une civilisation en crise, pour la mélancolie brute qu’il dégage, il faut lire Michel Houellebecq. Définitivement.
  • J’achète ? : Ai-je vraiment besoin d’en rajouter ?

33 commentaires

  1. Oùlà tu m’as fait peur, avec le « passage à la postérité »!! Pour les deux premiers, oui, mais les livres suivants s’aplatissent de plus en plus, s’affadissent dans l’écriture, dans le fond même de celui-ci.. on en retient une chose à la sortie France : il dit que Niort est une ville laide, et là c’est haro sur le baudet, n’importe quoi. Il a dit pire sur d’autres villes. On dirait qu’il a essayé de remplir les pages avec des catalogues (armes, ouiseaux, paysans, quotas laitiers.).. dont je suis persuadée qu’il se fout totalement ! Il n’a rien à dire, sauf à parler de sa femme dans la vie, une jeune japonaise.. c’est creux, c’est creux !!

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    1. pas si creux que ça… mais je peux comprendre et c’est vrai qu’il s’essouffle le bougre. N’empêche que j’aime toujours me plonger dans ses romans, j’aime le style et cette vision du monde qu’heureusement je ne partage pas ! bises Mélie

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      1. Hé oui, je suis entourée de gens qui aiment Houellebecq et Amélie Nothomb, et par exemple sur Facebook, ils ne le disent pas sur mon mur… c’est après, que je m’en rends compte.. peut être que je suis trop énergique quand ça ne me plait pas ?? Z’auraient peur ? 😜😜 . Bises Franck

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  2. Je ne me suis approchée du monstre Houellebecq que cette année. Je remettais sans cesse le lecture de ses romans à plus tard.
    Pour toutes les raisons que tu cites, Franck. Son aptitude à choquer le bourgeois (et sa bourgeoise), l’homme dépressif et le sexe, le non-politiquement correct, et les outrances.
    Et j’ai enfin lu La carte et le territoire que j’ai adoré. Une gifle littéraire, une oeuvre magistrale. Ce type est incroyable. L’humour féroce!! 😀
    J’ai envie de lire à présent La possibilité d’une île, dont le sujet (clonage) et l’hypertextualité sont une promesse de lecture passionnante.
    Et par contre j’ai été une fan absolue de Nothomb, cette surdouée, jusqu’à Stupeur et Tremblement. 😀

    Sophie-Marie

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    1. Stupeur et tremblement est certainement celui que j’ai le plus apprécié moi aussi . Pour ce qui est de houellebecq j’aime ses écrits depuis le début . Il est de plus en plus décrié pourtant mais je m en fous . Je persiste à penser , comme toi , que c’est un immense auteur . Merci Sophie-marie

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  3. Houellebecq est un antilibéral convaincu et convainquant.De livre en livre, il dénonce le poids du libéralisme sur toute la société.Après la misère sexuelle des cadres, le tourisme sexuel et une france qui ne vit que du tourisme, il constate la disparition à venir du monde rural.Ce n’est pas un visionnaire mais plutôt un témoin d’un pays en pleine mutation.
    Si sa critique du libéralisme et du mondialisme est à mes yeux pertinente, je suis loin d’approuver par exemple son regret de la disparition de la religion chrétienne, de la famille traditionnelle et surtout son antiféminisme viscéral.Bref, « c’était mieux avant »;Houellebecq réactionnaire, sans aucun doute, ce qui n’empêche pas le talent.

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  4. Je sais toujours pas si je dois le lire ou non (ce sera pas ma priorité de toute façon), comme tu dis, soit on l’aime, soit le déteste, et j’ai eu les opinions des deux côtés de la barrière ! Perdue je suis…

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  5. J’ai lu il y a quelque temps déjà un Houellebecq . Il a un univers à lui, un style, une vision du monde, il est énigmatique.. tout pour me plaire et pourtant je suis resté hermétique.. C’est un curieux ressenti car il ne peut laisser indifférent, et c’est en cela qu’il est un auteur à part. Je retenterais certainement l’expérience mais plutôt avec un de ses premiers ouvrages. Bravo pour ta critique en tout cas, car elle donne envie de s’y plonger ! Je suis plus admiratif de Pierre Lemaitre par exemple mais c’est très subjectif. Excellent weekend Franck 🙂

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