DÉCEPTION

Il y a les bouquins qu’on aime, ceux dont la lecture est un plaisir sans cesse renouvelé, ceux auxquels on pense parfois, ceux dont le souvenir est précieux. Il y a les livres qui laissent une trace indélébile dans nos mémoires, ceux dont les personnages nous marquent, certains mêmes auxquels on repense dans certaines circonstances de la vie. Et puis il y a les autres. Ceux qu’on a du mal à reprendre, ceux qui nous laissent indifférents, ceux dont on sait au bout de quelques pages que la lecture sera ardue, laborieuse. Il n’est pas ici uniquement question de talent ou de savoir-faire mais plutôt de moment, d’état d’esprit, de sensibilité. Encore une fois tout cela est bien subjectif, je ne livre que mon ressenti. Partagé ou non, surement injuste,  voici la liste de mes déceptions de ces derniers mois

  • Le Cherokee de Richard Morgièvre : Un auteur dont je gardais un excellent souvenir, une éditrice au talent certain et un titre dont tout le monde disait le plus grand bien. Ce Cherokee s’annonçait sous les meilleurs augures. Et puis la lecture : un texte qui part dans tous les sens, une vraie liberté dans l’écriture mais je décroche très vite et les dernières pages sont un véritable calvaire. L’impression d’être passé totalement à côté de ce livre, de confondre les personnages, de ne pas avoir saisi la subtilité d’un auteur pourtant confirmé et d’un titre adulé par beaucoup. Bref, un échec pour ma part et le sentiment de ne pas avoir eu les clés pour saisir toutes les subtilités de ce Cherokee. Enervant. 122613272_o
  • L’équilibre du monde de Rohinton Mistry : Un pavé sur l’Inde moderne. Quelques avis glanés ça et là. On parlait d’un livre marquant, dur, parfois traumatisant. Du plaisir dans les premiers chapitres, une écriture simple, des personnages incarnés. Et puis un intérêt qui se délite, du mal à reprendre le fil. Plus qu’une déception, une indifférence qui pointe, un ennui bientôt. Et pourtant tout était réuni pour que j’aime ce roman, un environnement riche, des péripéties, mais rien n’y fait, je finis la lecture en roue libre et ne garde tête qu’un vague souvenir de cet équilibre du monde.
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  • Alto Braco de Vanessa Bamberger : Encore une fois un livre dont j’avais entendu et lu beaucoup de bien. Encore une fois un éditeur de très grande qualité, et encore une fois une déception. Vanessa Bamberger écrit bien c’est indéniable. Elle décrit avec talent ce plateau de l’Aubrac qui tient le rôle principal de son roman. Pour le reste je suis passé totalement à côté de ce texte et les secrets de la famille Rigal m’ont laissé indifférent. Dans Alto Braco il est beaucoup question de vaches, de terres, d’alimentation, d’élevage. Définitivement pas pour moi, au moins sous cette forme.
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  • Rabbit Boss de Thomas Sanchez : Celui-là j’en attendais beaucoup, de par son thème – l’histoire du peuple indien d’Amérique à travers plusieurs générations- et par la réputation du bouquin lui-même qu’on présentait comme un véritable chef d’oeuvre. La déception fut immense et le texte si ardu que je fus bien incapable d’aller au-delà d’une centaine de pages. Certains passages sont somptueux je dois l’admettre, mais l’ensemble est si complexe, détaillé, que je m’y suis perdu, enlisé. Regrets, la marche était trop haute.
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  • Journal, l’avenir n’est à personne de Julien Green : Compliqué de vous parler d’un texte dont il ne me reste rien ou pas grand chose. Souvenir d’une succession d’impressions, de réflexions et pas grand chose de plus. Un grand nom de la littérature pourtant, non ?
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  • L’évangile selon Youri de Tobie Nathan : Là-aussi l’exercice est ardu. Deux mois après cette lecture il ne me reste presque rien et l’obligation de me renseigner sur le net pour me remémorer de quoi il en retourne. L’ai-je fini ? Je ne sais même plus mais la seule chose que j’en garde est une impression d’incohérence, de roman qui part dans tous les sens et une couverture si jolie qu’elle motiva grandement mon achat. À coté, encore une fois.
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  • VNR de Laurent Chalumeau : La déception d’un lecteur est souvent proportionnelle à l’estime que l’on porte à un auteur. J’avais beaucoup aimé Kif du même auteur. Un vrai parti pris, une gouaille et une écriture ciselée faisaient que j’attendais beaucoup de ce VNR. Malheureusement la déception fut au rendez-vous avec un récit convenu et dispensable, bien en deçà de ce que l’on pouvait attendre d’un auteur si talentueux. Le prochain titre devrait surement rattraper cette petite déception. Croisons les doigts.
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  • Si le grain ne meurt d’André Gide : Sacrilège ! Cet éveil à l’homosexualité, ce récit d’enfance du grand auteur parisien m’a profondément ennuyé. Un petit charme désuet j’en conviens, mais c’est à peu près tout.
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  • Toutes les histoires d’amour du monde de Baptiste Beaulieu : Là aussi j’attaquais ce récit avec en tête les critiques dithyrambiques qui accompagnèrent sa sortie. La déception fut de taille et même si l’auteur ne manque pas de talent, j’en garde le sentiment d’un récit non maîtrisé et trop ambitieux. Dommage car l’histoire était belle et l’écriture fluide, un roman moins ample aurait peut-être été plus abouti. Ce n’est que mon avis et plutôt non partagé vu le succès du bouquin. Tant mieux certainement, tant que des livres se vendent et sont lus, cela me convient parfaitement.
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  • Voilà, ainsi s’achève cette petite chronique de mes déceptions. Encore une fois tout est question de regard, de sensibilité et je n’ai aucune prétention quant à m’octroyer le droit de juger si un livre est raté ou bâclé. Ce ne sont que mes sentiments personnels, en toute honnêteté. J’ai trop de respect pour la démarche des auteurs pour qu’il en soit autrement et si un jour j’ai la chance de voir l’un de mes textes édités, j’aimerais surement être jugé de la sorte. A très bientôt mes amis.  Franck .

27 commentaires

  1. Merci pour ce tour d’horizon de déceptions de lecture. C’est original et j’ai adoré. Adoré parce que bien écrit, fortement argumenté et d’une grande honnêteté. De toute cette liste, je retiens Gide, que j’ai dû lire dans ma jeunesse – je crois avoir tout lu de lui – mais dont il ne me reste rien – de celui-ci – et Alto Braco que j’ai acheté mais pas encore lu. Je le ferai pour comparer nos points de vue et parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de cette auteure.

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  2. Oui, le plaisir de lire est bien une question de moment, de lieu, etc. On  » rencontre  » un livre ou non. Moi aussi le Tobie Nathan m’a perdu… Difficile tout de même de parler de ces déceptions car souvent je ne m’en rappelle même plus…Alors, bravo pour cette chronique originale !

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  3. Primo : j’ai juré de ne plus jamais lire de livres édités par Joëlle Losfeld, c’est pratiquement des ratages neuf fois sur dix. En plus elle est loin d’être ympa, cette fille. Ensuite, tu les lis, ces livres qui t’on déçus ?? Je ne pourrais pas. Pourtant ces jours ci j’ai abandonné « La Cité de L’Orque » aux éditions Albin Michel Imaginaire. Trop dense, trop touffu pour moi. J’ai poussé jusqu’à la page 120 (sur 450).. Je ne PEUX PAS me forcer à lire jusqu’au bout ces déceptions. Je repose, j’en prends un autre…

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  4. 100% d’accord avec toi, on ne peut pas tout aimer et on a le droit de le dire. Nul n’a la prétention de détenir la sagesse universelle, nos opinions n’engagent que nous. Exprimer un avis négatif n’est nullement incompatible avec le fait de respecter le travail de l’auteur, c’est juste que pour x raisons la sauce n’a pas pris.

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  5. Merci pour cette chronique très sincère et le reflet du ressenti d’un lecteur. Comme toi j’ai parfois ce sentiment d’être très isolée (par exemple pour le dernier roman de Baptiste Beaulieu) car je ne lisais que des louanges et moi je n’accrochais pas du tout….. Au fil du temps j’en suis venue à penser qu’une lecture est très très personnelle : tout dépend du lecteur(trice) : son vécu, ses lectures passées (au fil du temps on devient à mon avis de plus en plus exigeant), ce qu’il (elle) attend d’une lecture, son seul d’émotions etc…. C’est pour cela que je précise dans mes billets : »Ma lecture » mais j’aime écouter les autres me dire pourquoi ils ont aimé un livre que moi je n’ai pas aimé ou abandonné et je constate quand je commence à connaître les gens qu’ils n’ont pas du tout le même univers de lecture de moi, ils n’y recherchent et attendent pas la même chose 🙂

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  6. J’ai un peu honte, parfois, de ne pas persévérer dans la lecture d’un ouvrage, cependant pour moi lire représente un moment de bonheur, de découverte à titre personnel, alors pourquoi s’ennuyer à vouloir « faire comme les autres ». C’est également sur Baptiste Beaulieu (dont j’apprécie le blog) que j’achoppe encore…..
    Je viens de terminer « La nounou barbue » d’Aloysius Chabossot ( que j’ai rencontré), lecture sympa, une bonne détente pour cerveau fatigué, bonne écriture, dénouement prévisible mais quelques chapitres de questionnement : il faut bien un peu de piment…..
    Merci pour cet article de non-lecture !

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  7. Mon plus gros ratage de l’année, et je m’en doutais un peu, c’est le tome 1 (oh qu’il m’a semblé long) de Game of Thrones. Je n’ai pas vu la série, mais bon sang tout le monde en a parlé comme d’un must have. Donc j’ai profité des soldes pour m’offrir TOUTE la série de romans. Donnes y une chance, je me disais. Argent bien bien foutu.

    Un autre livre, cette fois un essai, écrit par un disciple de Levi Strauss, Pierre Clastres. Je croyais relire Tristes Tropiques. Mouahahahah. La naïve. J’ai donc abandonné au bout de trois pages. Moi qui lis toujours jusqu’au bout par respect pour l’auteur. Raté n°2.

    Enfin, puisque la loi des séries, jamais deux sans trois etc, un roman britannique encensé par la critique, The Ginger Tree, de Oswald Wynd. Pour le finir, j’ai un truc. Je lis une page sur deux. C’est cadeau, me dis pas merci.

    Sophie-Marie

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  8. Dans Alto Braco, j’ai aimé ce que tu n’as pas aimé. L’Aubrac que j’aime, la vie paysanne que je connais, les vaches Aubrac qui sont si belles, la vie sur le plateau. Je viens de le terminer et je regrette de devoir rendre le livre à la bib

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  9. Whoua je ne savais pas que tu écrivais ! J’aime beaucoup cette démarche, je trouve que lecture et écriture vont si bien ensemble !
    Je suis d’accord avec toi, il est important de donner son ressentis mais avec respect. C’est pour cela que je parle sur le blog aussi des livres que je n’ai pas aimé, mais toujours dans l’objectif de me dire que ce que moi je n’ai pas aimé, cela plaira peut-être à d’autres.

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  10. Ne pas aimer des livres applaudis, c’est un peu une tradition chez moi… Pardon. Je note pour Alto Braco, j’en avais entendu beaucoup de bien aussi et je pensais rater un truc, ton avis tempère un peu l’impression que j’en ai.

    Baptiste Beaulieu, ça me fait chier parce que j’avais aimé, mais sans plus, « Les 1001 vies des urgences » (pas un roman, certes) et j’ai peur de ne pas accrocher à ses romans alors que j’aime bien l’homme. Culpabilité… Donc je pense que je comprends ton avis sur son dernier roman.

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