Les choses humaines

  • Titre : Les choses humaines
  • Auteur : Karine Tuil
  • Editeur : Gallimard
  • Année : 2019
  • Résumé : Jean Farel est un présentateur vedette de la télévision française. Son épouse Claire est une journaliste engagée et tous deux forment un couple de pouvoir, un couple qui évolue dans les hautes sphères de la société française. Leur fils, Alexandre, est un jeune garçon brillant. Polytechnicien, étudiant à Standford, le fils de bonne famille voit sa vie voler en éclat lorsqu’il doit faire face à une accusation de viol. La machine judiciaire et médiatique se met alors en branle.
  • Mon humble avis : Depuis l’insouciance, paru en 2016, je tiens Karine Tuil comme l’une des plus grandes écrivaines françaises de notre époque. Ce roman fut un choc. Rares sont les auteurs capables de radiographier notre société contemporaine de la sorte, rares sont les romancières capables, comme elle, de porter un regard aussi acéré sur les maux qui gangrènent notre époque. J’attendais donc la sortie de son dernier bouquin avec impatience et autant le dire en préambule, je n’ai pas été déçu. Si les choses humaines m’a paru moins achevé, moins ample que l’insouciance, reste un texte rare, brillant, décortiquant avec acuité de nombreux thèmes tels que la médiatisation et ses dérives, le pouvoir des réseaux sociaux, les rapports de force entre hommes et femmes, les rapports sociaux mais aussi et bien évidemment, le consentement. Ce roman se divise en deux parties distinctes. D’abord une présentation des protagonistes où l’auteur excelle à décrire en quelques pages la vie d’un homme puissant et l’ombre qu’il fait porter sur le reste de sa famille. Puis c’est au tour du procès où la vie d’Alexandre, mais aussi du reste de la famille est jetée en pâture aux médias et où l’implacable machine judiciaire se met en branle. C’est cruel, réaliste, tiré d’une affaire réelle ayant eu lieu aux USA mais c’est aussi et surtout brillant, jamais manichéen et courageux. A la manière d’un Tom Wolfe, et la comparaison est flatteuse, Tuil n’hésite pas à plonger sa plume là où ça fait mal, dans cette fameuse zone grise où les destins basculent. Si la vie dorée de Sherman MC Coy basculait à cause d’une sortie d’autoroute ratée, celle d’Alexandre Farel basculera pour n’avoir pas su ou pu écouter les signes du refus. À l’époque de #metoo, à l’heure où la parole s’est un peu libérée, le texte de Tuil est sans doute un peu caricatural par moment, mais il dégage une puissance rare et il met des mots sur la confusion des esprits qui règne dans la société française actuellement. Engagé dans la course aux prix, je ne serais pas étonné que nous entendions encore beaucoup parler de ce roman, et c’est tant mieux.
  • J’achète ? : Oui sans hésiter. D’autres en parlent bien mieux que moi en ce moment mais ce roman est, à mon humble avis, l’un des meilleurs ouvrages de cette rentrée littéraire. Surement moins abouti que son roman précédent, les choses humaines reste néanmoins une excellente expérience de lecture.

16 commentaires

  1. Autant le dire tout de suite : très belle chronique pour un livre que j’ai aussi beaucoup aimé ! Même ressenti. Je n’ai pas lu « L’insouciance » mais son précédent  » L’invention de nos vies » que j’avais énormément aimé aussi. Son talent c’est bien sûr de saisir la complexité de notre époque mais aussi, du moins pour moi, de modifier mes propres certitudes. Moi la féministe convaincue j’ai eu du mal à être complètement à l’écoute de la détresse de Mila et j’avoue avoir été assez déstabilisée pour m’interroger sur le pourquoi : est-ce l’appartenance à un courant religieux extrême de sa famille ? Est-ce malgré tout cet attrait du pouvoir et de la réussite ? Est-ce ce côté fragilité que l’auteur met en avant ? …En tout cas, c’est la preuve que Karine Tuil a un véritable talent de narration puisque ces personnages nous interrogent longtemps après que le livre soit refermé! 😉

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  2. Franck, vous êtes ambigu. Une des plus grandes écrivaines françaises, dites-vous, mais c’est inégal, dites-vous aussi, caricatural par endroits, moins fort que L’insouciance, quelque chose d’inachevé, d’inabouti… Je ne suis pas sûr d’avoir envie de le lire.

    Aimé par 1 personne

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