La fabrique des salauds

  • Titre : La fabrique des salauds
  • Auteur : Chris Kraus
  • Editeur : Belfond
  • Année : 2019
  • Résumé : D’origine Allemande, la famille Solm vit à Riga en Lituanie. Les deux fils, Hub et Koja, sont séduits par la doctrine nazie et s’engagent alors activement dans les services secrets pro-allemands. Koja est un artiste qui se laisse guider par son frère Hub, qui devient rapidement un rouage essentiel de la machine de destruction allemande. Tandis que le conflit fait rage et que la Russie entre en guerre, les deux frères prennent des chemins différents et une haine farouche s’installe entre Koja et Hub. La déroute Allemande les réunira à nouveau dans une organisation secrète réunissant les anciens nazis allemands. Koja deviendra alors un agent double au service la Tcheka puis un agent triple au moment où le Mossad israélien voit le jour.
  • Mon humble avis : Deux mois. Deux mois sans avoir le plaisir de lire un bouquin assez motivant pour en faire une chronique. Deux mois où nombre de textes me sont passés dans les mains, où invariablement l’ennui s’est installé. Et puis La fabrique des salauds, dont on disait le plus grand bien. Un pavé, un roman ample censé revisiter l’histoire tumultueuse de la moitié du 20eme siècle. Et puis la lecture, laborieuse au début, très laborieuse même, au moins pour les cent premières pages. Et puis, petit à petit, la petite musique de Kraus s’installe. Une écriture élégante, pleine d’ironie, en décalage avec les atrocités décrites. La fabrique des salauds est un roman ambitieux, c’est le moins que l’on puisse dire, un roman dont le personnage principal est un homme ambivalent, capable du pire lorsqu’il est poussé dans ses retranchements, mais aussi capable d’aimer sincèrement. Koja est un être sans envergure, un effacé qui subit son destin et trahit à tour de bras, ses proches comme ses principes. Roman du siècle et de ses soubresauts, roman d’un menteur, d’un homme perdu entre ses multiples identités, roman d’une rédemption impossible, La fabrique des salauds est un excellent livre, une fresque parfois confuse mais un vrai plaisir de lecture. Impossible de parler de personnages attachants dans un tel cas et pourtant, au détour d’une réaction, d’une phrase, on se prend à éprouver de l’empathie pour Koja, ce sont aussi les limites et les risques d’une telle entreprise. Kraus nous livre ici le roman d’un salopard, d’un lâche qui épouse la doctrine nazie par facilité, par paresse et puis le temps passe et, au grès des circonstances, le principal protagoniste devient agent des russes communistes, puis se lie avec la CIA puis vient le Mossad et le voici presque juif… Peut-être est-ce un peu tiré par les cheveux, je ne me prononcerais pas sur la crédibilité de cette histoire mais qu’importe, ce roman est parcouru d’un souffle certain et l’écriture de Kraus est d’une élégance et d’une ironie rare. Un excellent roman, encore une fois.
  • J’achète ? : Difficile de ne pas conseiller ce roman. Baroque par moment, d’une cruauté sans nom, la fabrique des salauds donne la parole au monstre, décrit l’indicible. On pense aux Bienveillantes de Jonathan Litell, on pense également au génial La mort est mon métier de Robert Merle et on se dit que la vie, en ce début du 21eme siècle, n’est décidément pas si terrible.

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